Manger avec les doigts ? C’est du propre !

S’il y a bien une chose pour laquelle je n’ai jamais été pressée, c’est la DIVERSIFICATION ALIMENTAIRE de notre fille. Et très honnêtement, j’ai eu bien du mal à comprendre les mamans pressées de s’adonner aux confections de purées et compotes. Je n’ai aucune difficulté à voir notre enfant grandir. Nostalgie des premiers mois, de temps en temps, mais la voir grandir et découvrir le monde a toujours été un bonheur immense. Personnellement, je n’ai rien à cacher (ou presque), je suis très gourmande. Papa aussi. Et Agathe montrait un goût certain pour le bon lait de maman…

Mais à 4 mois, alors que je voyais les petits copains du même âge commencer les panais-brocoli-celeri et autres banane-fruit de la passion-pomme, mon cerveau a crié : DEJA ? Attention, sans critique aucune, ce « déjà » me renvoyait tout simplement à ma perception propre des choses, à mon regard de maman sur le développement de ma fille.

Avant tout ça, notre maître mot dans le développement et l’éducation d’Agathe, avant même sa naissance (voyez ici) était : AUTONOMIE. Dans certains cas, c’est difficile à appliquer (la motricité libre a, par exemple, été un échec à la maison malgré notre bonne volonté), mais dans d’autres, ça nous semblait être la seule façon de faire possible.

La diversification alimentaire n’a pas échappé à cette règle. Alors je me suis renseignée : comment un bébé de 6 mois (oui parce qu’on ne voulait pas commencer la diversification avant cet âge-là) peut-il apprendre à manger seul ? L’intention paraissait bonne mais concrétiser le projet semblait délicat… J’ai très rapidement découvert le principe de la Diversification Menée par l’Enfant (DME ou Baby Lead Weaning en anglais). Et là, je dois bien avouer que j’ai bondi de joie (rien que ça…). Papa en revanche, a fait une vilaine grimace…


Ola doucement, c’est quoi ce truc de BOBO encore ? Ce truc de hippie ? Ce truc de parent laxiste ? Ce truc de ceux qui ne veulent décidément rien faire comme les autres ? Oui… Les critiques se la coulent douce sur le long fleuve tranquille de la parentalité.

Je vous donne la DEFINITION courte, celle qui ne prend pas de détours, celle qui ne fait pas de chichis et qui finalement, résume le tout en quelques mots ; la DME, c’est donner à son enfant, la possibilité de conduire sa diversification seul, sans aide, en mangeant comme l’adulte (ou presque). Cela signifie : pas de purées. Pas de compotes (parce que le cerveau d’un enfant de 6 mois n’est pas encore capable de programmer la séquence de gestes permettant de : tenir la cuillère, la remplir, la porter à la bouche sans la renverser). Des MORCEAUX ? ENTIERS ?? SANS DENTS ???

Je n’ai pas la prétention ici de vous dire comment faire de la DME, mais j’espère qu’au travers de notre expérience, d’autres parents arriveront à concilier ce dont ils ont envie pour leur enfant d’un côté, et leur crainte de l’autre. Et je dis crainte au singulier parce que finalement, il n’y en a pas 36, mais bien une (et pas des moindres) ; celle que son enfant s’étouffe.


DU CALME,

J’ai la casquette de maman oui, mais aussi et heureusement celle d’orthophoniste. Ma remarque peut sembler inutile pour le quidam qui voit dans l’orthophoniste celui qui « apprend à parler aux petits enfants », mais un orthophoniste sait aussi, parfois trop, ce qu’est une fausse-route. Et croyez-moi, les mécanismes de la déglutition n’ont plus de secrets pour moi depuis quelques années. C’est dans cette explication (non sans failles, il faut l’admettre, chaque enfant est différent) que je me lance lorsque papa prend peur, lorsque nounou s’affole, lorsque les foudres de la plèbe s’abattent sur moi (je manque de sommeil pardonnez-moi…) :

  1. Un enfant (surtout s’il a été allaité) a un système mandibulaire déjà tonique, ce qui permet l’apprentissage rapide du geste masticatoire).
  2. L’enfant tient assis (pré-requis impératif) et peut donc, naturellement (ce n’est pas un mouvement qu’il apprendra, mais bien un mouvement instinctif), recracher un morceau qui le dérange en bouche.
  3. Le réflexe nauséeux (ou gag réflexe = lorsqu’on a un haut le coeur) est déjà présent chez le bébé, et il est même plus avancé (sur la langue) et sensible que celui de l’adulte ; ce qui permet à l’enfant de bloquer les morceaux qui pourraient passer en arrière bouche et être avalés.
  4. Si l’enfant est capable d’attraper et de mettre en bouche le morceau, son développement moteur est suffisamment avancé pour qu’il sache se protéger d’un morceau trop gros qu’il risquerait d’avaler.
  5. Le risque de fausse-route aux liquides (lait, eau, purée lisse et compote lisse) est plus élevé que le risque d’étouffement avec un morceau.

Maintenant que l’on sait ça, en pratique, comment fait-on ?


EN PRATIQUE, on observe bébé. Et on ne passe à l’alimentation solide en première intention qu’à plusieurs conditions :

– Bébé montre un intérêt réel pour la nourriture et le fait de manger (et non pas juste de la curiosité, comme il le ferait avec un jouet) ;

– Bébé tient assis seul (c’est une question de sécurité, pas de DME dans un transat, je suis une fille souple mais sur ce point, nous avons été clairs avec la nounou : chaise haute ou rien) ;

– Bébé ne présente plus de troubles digestifs de type « colique » (et ça, c’est le cas pour toute diversification, mais normalement à l’âge où les enfants tiennent assis, ceci entraînant cela, ces soucis sont résolus).

Ensuite, on s’équipe (article à venir sur le sujet).

Puis on passe au vif du sujet : le choix des aliments. Et là, c’est du feeling. Du bon-sens plutôt. C’est sur ce sujet que nous prenons notre temps. Bébé est censé manger, à terme, comme nous (et l’autonomie que vous lui laissez le conduira souvent, de toute façon, à demander la même chose que vous).

On ne passe à une alimentation solide en deuxième intention selon les recommandations générales, qu’entre 9 et 12 mois si l’on a commencé par introduire purées et compotes. Le vrai risque serait de commencer la DME alors que l’enfant n’associe pas encore, sur le plan moteur mastication + déglutition.


Nous suivons nos ressentis et sommes à l’écoute de ceux de notre fille. NOTRE EXPERIENCE : nous avons démarré l’aventure lorsqu’elle a eu 5 mois et demi : elle tenait assise et présentait un intérêt plus que sûr pour notre nourriture (se permettre de piquer le melon de maman dans son assiette, c’est quand même culotté).

Les premiers aliments qu’elle a goûtés, assise sur nous, étaient un morceau de pastèque, quelques bouts de melon et quelques tartinettes sans gluten (oui, on peut manger sans dents !). Cela nous a confortés dans l’idée qu’elle était prête. Oh oui ! ATTENTION : démarrer la DME, ce n’est pas sans retour en arrière possible, au contraire. On peut tenter. Réaliser que l’on s’est trompé. Que bébé n’est pas prêt. Et on arrête tout, quitte à retenter l’expérience quelques jours ou semaines plus tard. Le vrai risque est dans l’obstination : devenir autonome, c’est avant-tout avoir la pulsion de découverte, la curiosité, l’envie. SI bébé ne l’a pas, il vaut mieux repasser plus tard.

Nous avons alors investis dans une chaise haute, qui nous semblait adaptée. Avec un réducteur, pour qu’elle soit à l’aise.

Nous avons commencé par les fruits et légumes de saison, sur-cuits ou très mûrs (de façon à ce que tout aliment soit facilement réduit en petits morceaux ou purées par la mastication). Un nouvel aliment à la fois. Mais toujours plusieurs choix dans l’assiette (un ou plusieurs déjà connus, et un petit nouveau chaque jour). Elle goûtait tout. A commencé à montrer ses préférences. Se jetait sur le plateau avant même que nous ayons fini de l’installer. Nous respectons, grosso modo, les âges d’introduction des aliments, mais nous nous permettons des libertés avec les recommandations françaises en matière de rythme d’introduction. Notre fille a déjà goûté du boulghour de riz ou du quinoa avec ses légumes par exemple. Nous aimerions tenter rapidement les volailles et oeufs, riches en fer.

Les deux premiers vrais repas, nous étions fébriles. Maintenant, nous veillons du coin de l’oeil, mais une confiance mutuelle s’est installée. Lorsqu’un haut le coeur se présente, nous la laissons faire, et elle s’en sort très bien. Elle n’a jamais manifesté d’agacement (excepté lorsque le morceau de mangue glisse entre ses doigts). A compris l’intérêt de la mastication. Adore ce plaisir de sentir les morceaux dans sa bouche. Nous le sentons. Nous le voyons. Elle tchatche en mangeant. Et nous prenons tous les trois beaucoup de plaisir à ces repas. ATTENTION (bis) : vous le verrez, vous le sentirez. Si après quelques repas, les morceaux sont un problème pour bébé, n’insistez pas. Et attendez quelques jours avant de lui proposer des purées et des compotes. Manger doit rester un plaisir, non un moment d’angoisse communicative.

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J’ai conscience que ce billet est très survolé, qu’il peut laisser beaucoup d’interrogations en suspens lorsqu’il s’agit d’un sujet si vaste. J’espère avoir répondu aux principales questions de ceux et celles qui m’ont demandé un article sur le sujet. Je suis aussi réceptive à toutes autres façons de pratiquer la DME. Mais j’estime que chacun mange chez soi comme il l’entend tant que les principes de sécurité de base sont respectés. Vous connaissez parfaitement votre enfant. Observez-le, écoutez-le, et participez à cette phase importante de son développement qu’est celle de son oralité, qu’elle soit alimentaire et… verbale ! (pour moi, les deux sont intimement liées).

Et bien sûr, je vous promets de partager quelques recettes (réussies si j’y parviens) ou idées menus, si vous y voyez un intérêt !

Point d’évolution à venir d’ici… quelques mois !

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Une réflexion sur “Manger avec les doigts ? C’est du propre !

  1. Merci pour cet article tellement bien construit. J’ai pris plaisir à te lire ! Même si ce sujet m’intéressait déjà avant ma grossesse, je n’ai pas osé franchir le « cap de la réalité » avec Jude. Même si je lui donne des morceaux de temps en temps et qu’il sait les manger seul, la plupart du temps c’est bien compotes et purées…

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