La petite fait ses nuits ?

Après une nuit pareille, le sujet se doit d’être abordé…

Je crois que dans chaque conversation, cette question est toujours celle qui vient juste après « Comment ça va ? ». Et elle me fait sourire autant qu’elle m’exaspère.


Avant la naissance de bébé, et lors des premières semaines, cette question m’a totalement obsédée. Sous la pression des questionnements généraux autour de bébé, de l’entourage, des cours de préparation à l’accouchement, des magazines pour parents qui fleurissent dans les kiosques.  Mais que d’inquiétudes inutiles… J’ai été mise sur la mauvaise voie : celle du tout réglé, tout rythmé, tout calibré.

Dans la réalité des choses, trop de rigidité n’aide pas. Je reviendrai souvent sur cette idée fondamentale de ma façon de vivre ma maternité : intuition vs intellectualisation. Depuis pas mal de temps, je me refuse donc à lire tout écrit quel qu’il soit sur le sommeil. Ou alors juste pour rire. Parfois, on ne peut pas éviter les conseils/remarques toujours si bien intentionnés :

  • Il faut l’emmailloter (elle a toujours détesté ça)
  • Il faut lui donner une sucette (elle ne l’a acceptée qu’à 4 mois)
  • Il faut lui donner un complément de lait artificiel (mon lait lui suffit bordel de ù@#!&=/£)
  • Il faut mettre des céréales dans son biberon [blasée]
  • Tu devrais tester la méthode du 5-10-15 si elle se réveille [je m’évanouis]

Voici le joli crescendo des horreurs entendues. Sans compter les interminables : « Le mien a fait ses nuits à la sortie de la maternité« , « La mienne dort 12h par nuit« , « Quand elle fera 5kg elle fera ses nuits« , « C’est sûr que si elle dort avec vous, elle va pas faire ses nuits » (où comment inverser le problème quand on n’y comprend rien à rien).


Mais bon sang, « faire ses nuits », ça veut dire quoi en fait ? Faudrait commencer par le commencement ! Et surtout, arrêter de penser que « faire ses nuits » = « dormir comme un adulte ». Définitions : Ne pas manger de la nuit ? Ne pas réveiller ses parents ? Dormir en cherchant de temps en temps le sein de sa mère sans pour autant se réveiller ? Se réveiller plusieurs fois entre 22h et 6h mais se rendormir à chaque fois ? Je pense que chaque parent se fait sa propre idée du concept…

Agathe avait 2 mois lorsque j’ai expliqué la situation nocturne à son pédiatre : 5 à 7 réveils tétée par nuit, des pleurs pour qu’on se lève et qu’on se balade avec elle, des maux de ventre (qui expliquent le nombre de tétées et inversement proportionnel), parfois des hurlements inexpliqués. Ce à quoi il m’a répondu : « Ne vous en faites pas, d’ici le mois prochain elle dormira ses 8h par nuit » (Ah! C’est donc ça faire ses nuits ?).

A partir de là, j’ai pris du recul. Je n’ai pas osé me moquer ouvertement du médecin. Ca n’est pas très poli. Mais j’ai abandonné l’idée que ma fille fasse ses nuits avant l’âge de 4 ans, et la question « Quand est-ce qu’elle va faire ses nuits ? » a totalement disparu de ma tête. Et progressivement de celle de son papa.

L’idée qu’un bébé, avant l’âge de 2 ans, voire 3, fasse ses nuits, est quand même un concept bien étrange et… adulte ! Tout comme il est absurde de penser qu’un adulte a les mêmes besoins en sommeil qu’un autre, comparer deux bébés sur ce plan l’est encore davantage. Il y a ceux qui dorment beaucoup la journée, beaucoup la nuit (ils ont des mamans qui ont le temps de se faire les ongles, de regarder la dernière saison de Game of Thrones et qui sont fraîches comme la rosée du matin, en toute circonstance). Il y a ceux qui dorment la nuit, bien, et qui ne se réveillent  pas avant 7h, mais qui dorment peu la journée. Il y a ceux qui dorment bien et beaucoup la journée, mais qui se réveillent souvent la nuit. Et je pourrais continuer longtemps comme ça…


co-sleeping

Finalement, dans la majorité des pays du monde, dans les cultures où l’on pratique le maternage proximal (ou « attachment parenting »), on ne se pose pas cette question du sommeil de l’enfant. On ne se dit pas « A 3 mois, mon bébé fera ses nuits et dormira dans sa chambre ». Et surtout, surtout, on ne pose pas cette question Ô combien insupportable… Il n’y a pas besoin d’aller bien loin de chez nous. En Allemagne, l’expression « faire ses nuits » ne veut rien dire. Et je vous souhaite bien du courage pour expliquer le concept… sans qu’on vous prenne pour un illuminé (qui n’a pourtant pas la lumière à tous les étages…).

Et vous aurez beau être horrifiés par le co-sleeping, avoir fait la plus belle et la plus douce chambre à votre bébé, mettre en place de longs rituels d’endormissement, si votre bébé a décidé de se réveiller 5 fois par nuits, toutes les nuits, et qu’il n’arrive pas à se rendormir sans votre odeur, ou votre chaleur, vous écouterez votre bébé et serez le parent dont votre enfant a besoin, pas celui des magazines, des livres, des salles d’attente.


Alors, la petite fait ses nuits ?

Oui, elle fait SES nuits. SES nuits de bébé, entrecoupées de petits réveils, tantôt difficiles, tantôt si brefs que papa et maman n’ont pas le temps de s’en rendre compte. SES nuits de bébé qui parfois, se sert au sein de sa mère, même si elle n’a pas faim, parce que le goût du bon lait et l’odeur de sa maman la rassurent et lui soufflent « Tu peux dormir, tu ne crains rien, le sommeil est doux, et même si tu dors, tu n’es pas seule ».

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